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Le Cocktail Rose : une mobilisation innovante pour faire de la prévention du cancer une responsabilité collective
AJFSR organise Cocktail Rose pour sensibiliser prévention cancers féminins et promouvoir dépistage précoce.

Au Niger, la gestion de l’hygiène menstruelle dépasse largement les questions de santé ou d’accès aux produits. Elle révèle, de manière profonde, les inégalités structurelles qui affectent les filles et les femmes, notamment leur capacité à vivre leur corps sans honte, sans contrainte et sans exclusion. Derrière le silence qui entoure les menstruations se cache une réalité plus large : celle d’un contrôle social du corps des femmes, où leurs besoins sont souvent invisibilisés, relégués au second plan, voire considérés comme non prioritaires.
C’est dans ce contexte que l’Association des Jeunes Filles et Femmes pour la Santé de la Reproduction (AJFSR) a initié une campagne nationale de plaidoyer sur la gestion de l’hygiène menstruelle, avec une ambition claire : repositionner cette question comme un droit fondamental, au croisement de la santé, de l’éducation et de l’égalité de genre.
Les résultats issus du sondage mené dans le cadre de cette campagne sont révélateurs d’un besoin urgent de changement. Une écrasante majorité des participants reconnaît la responsabilité de l’État dans la garantie de l’accès aux kits menstruels pour les adolescentes et les jeunes filles en milieu scolaire, tout en appelant à un engagement accru du secteur privé . Mais au-delà de ces attentes, ces résultats mettent en lumière une réalité souvent ignorée : les filles continuent de porter seules le poids d’un phénomène biologique universel, sans soutien structurel suffisant.
L’absence d’accès à des produits adéquats, combinée à des infrastructures sanitaires inadaptées, contraint de nombreuses filles à manquer l’école, à s’exposer à des risques sanitaires ou à vivre leurs menstruations dans la honte et le silence. Cette situation n’est pas anodine. Elle est le reflet d’un système dans lequel les besoins spécifiques des filles ne sont pas pleinement pris en compte dans les politiques publiques, révélant ainsi des inégalités profondes dans la priorisation des ressources et des décisions.
À travers sa campagne digitale, l’AJFSR a contribué à briser ce silence en portant des messages clairs : les menstruations sont naturelles, elles ne doivent ni être stigmatisées, ni être un obstacle à l’éducation ou à la participation sociale des filles. En mobilisant activistes, jeunes leaders et organisations partenaires, la campagne a permis de replacer la gestion de l’hygiène menstruelle dans l’espace public, là où elle doit être discutée, comprise et intégrée dans les politiques de développement .
Mais c’est surtout dans les espaces de dialogue avec les décideurs que la portée féministe de cette initiative prend tout son sens. La table ronde nationale organisée dans le cadre de la campagne a permis de confronter les réalités vécues par les filles aux responsabilités institutionnelles. Les discussions ont mis en évidence les failles du système : manque de coordination, insuffisance de financement, absence d’infrastructures adaptées, et faible intégration de la gestion de l’hygiène menstruelle dans les politiques éducatives et sanitaires .
Les témoignages des jeunes filles, notamment à travers des projections documentaires, ont joué un rôle déterminant. En exposant les difficultés quotidiennes — absentéisme scolaire, inconfort, stigmatisation — ils ont rappelé que derrière les statistiques se trouvent des vies impactées, des parcours interrompus et des potentiels freinés. Ces voix, longtemps marginalisées, ont permis de recentrer le débat sur l’essentiel : la dignité des filles.
La campagne a également permis d’initier des engagements concrets de la part des acteurs publics, privés et communautaires, ainsi que la mise en place d’un comité de suivi chargé de veiller à leur mise en œuvre . Toutefois, au-delà des engagements, le véritable enjeu reste la transformation des priorités et des rapports de pouvoir.
Car garantir la gestion de l’hygiène menstruelle ne se limite pas à distribuer des kits. C’est reconnaître que les corps des femmes et des filles comptent. C’est admettre que leurs besoins doivent être intégrés de manière systématique dans les politiques publiques. C’est refuser que les menstruations continuent d’être un facteur d’exclusion.
À travers cette campagne, l’AJFSR porte une vision féministe claire : celle d’un Niger où les filles ne subissent plus leur corps, mais vivent pleinement leurs droits. Une société où aucune adolescente ne devrait manquer l’école à cause de ses règles. Une société où la dignité, la santé et l’égalité ne sont pas des privilèges, mais des réalités accessibles à toutes.
Car parler des menstruations, c’est parler de pouvoir. Et garantir la gestion de l’hygiène menstruelle, c’est faire un pas décisif vers la justice sociale.