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Réinventer la sensibilisation : quand créativité et jeunesse se rencontrent pour défendre les droits reproductifs

Forum national de plaidoyer des Jeunes sur l'ESRAJ
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Au Niger, les questions liées à la santé sexuelle et reproductive restent encore profondément marquées par les tabous, les normes sociales et les inégalités de genre. Pour les jeunes, et en particulier les filles, accéder à une information fiable et exercer leurs droits demeure un défi quotidien, souvent limité par le silence, la stigmatisation et le manque d’espaces d’expression.

Une approche innovante basée sur la créativité et la participation des jeunes

Face à cette réalité, l’Association des Jeunes Filles et Femmes pour la Santé de la Reproduction (AJFSR) a fait le choix d’une approche innovante : replacer les jeunes au cœur du changement, en utilisant la créativité comme levier de transformation sociale. À l’occasion de la Journée Mondiale de la Contraception 2024, l’AJFSR a ainsi organisé une retraite de cocréation combinant renforcement de capacités, expression artistique et sensibilisation aux droits en santé sexuelle et reproductive.

Pendant plusieurs jours, des jeunes leaders venus de différentes organisations ont été réunis dans un espace sécurisé, inclusif et participatif, pensé pour favoriser l’apprentissage, l’expression et la remise en question des normes sociales. Loin des approches classiques, cette initiative a misé sur des méthodes interactives et créatives telles que le slam, la danse, le théâtre pour aborder des sujets souvent perçus comme sensibles, voire interdits.

Apprendre autrement pour mieux s’approprier ses droits

Cette approche n’est pas anodine. Elle repose sur une conviction forte : les jeunes ne doivent pas seulement recevoir des messages, ils doivent pouvoir les créer, les porter et les incarner. Car parler de contraception, de droits ou de sexualité dans un contexte marqué par les tabous, c’est aussi créer de nouveaux récits, capables de déconstruire les idées reçues et de redonner du pouvoir aux jeunes, en particulier aux filles.

À travers des activités telles que « Mission Contraceptive », les participants ont été amenés à explorer, comprendre et questionner les réalités liées à la contraception, aux mythes et aux droits reproductifs, dans un cadre ludique et engageant . Cette démarche participative a permis de transformer l’apprentissage en expérience vécue, favorisant une appropriation réelle des connaissances.

L’expression artistique comme outil de transformation sociale

Mais c’est surtout à travers l’expression artistique que les messages ont pris toute leur puissance. Les slams produits par les jeunes témoignent d’une prise de conscience profonde des enjeux liés à la contraception et aux droits. Entre dénonciation des tabous, appel à la responsabilité et revendication de l’autonomie, ces voix traduisent une volonté claire de changer les perceptions.

« Je suis outré de voir que l’utilisation des moyens de contraception est considérée comme un tabou… alors qu’elle est faite pour le bien-être »

À travers ces mots, c’est toute une génération qui questionne les normes et revendique son droit à l’information, à la santé et à la liberté de choix.

Vers une jeunesse engagée et actrice de ses droits

Dans une perspective féministe, cette initiative met en lumière une réalité essentielle : les jeunes, et particulièrement les filles, sont souvent exclues des discussions qui concernent pourtant directement leur corps et leur avenir. Le manque d’information, les jugements sociaux et les rapports de pouvoir limitent leur capacité à faire des choix éclairés, notamment en matière de contraception.

Or, comme l’ont exprimé plusieurs participantes à travers leurs productions artistiques, la contraception ne se résume pas à une question technique. Elle est un outil d’autonomie, de dignité et de projection dans l’avenir.
« Mon corps, mes droits, mes choix »

Ce message, porté par les jeunes eux-mêmes, incarne parfaitement l’essence de cette initiative : redonner aux individus et en particulier aux filles le pouvoir de décider pour eux-mêmes.

Au-delà des apprentissages, cette retraite a également permis de créer une dynamique collective forte, favorisant la solidarité, le leadership et l’engagement des jeunes dans la promotion des droits en santé sexuelle et reproductive. En formant une nouvelle génération de jeunes leaders transformationnels, l’AJFSR contribue à construire un mouvement capable de porter ces enjeux dans les communautés, les espaces publics et les instances de décision.

À travers cette initiative, l’AJFSR démontre qu’il est possible de parler de contraception autrement : avec créativité, avec engagement, et surtout avec une approche centrée sur les droits et la dignité.

Car sensibiliser, ce n’est pas seulement informer. C’est créer les conditions pour que chacun puisse comprendre, s’exprimer et décider librement.

Et dans ce processus, la voix des jeunes et en particulier celle des filles n’est pas une option. Elle est une nécessité.

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