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Le digital au service du changement social : une stratégie intégrée pour l’AJFSR
AJFSR utilise digital pour sensibiliser, mobiliser et promouvoir droits des femmes et filles.

Au Niger, les droits en santé sexuelle et reproductive (DSSR) des femmes et des filles continuent d’être profondément influencés par des normes sociales patriarcales qui structurent les rapports de pouvoir au sein des familles et des communautés. Dans ce contexte, le projet de recherche-action Hilin Maza ( Tribune des Hommes), initié par l’Ambassade du Royaume-Uni à Niamey et mis en œuvre par l’AJFSR, apporte un éclairage essentiel sur un angle souvent négligé : les perceptions masculines et leur impact sur l’accès des femmes à leurs droits.
Les résultats issus des dialogues participatifs révèlent une tendance préoccupante : la santé reproductive des femmes est majoritairement perçue à travers un prisme réducteur, limité à la sexualité et à la planification familiale. Cette vision, loin d’être neutre, s’inscrit dans une logique de contrôle du corps des femmes et de régulation de leur comportement, souvent au détriment de leur bien-être et de leur autonomie. Comme l’a exprimé un participant, « donner accès à la planification familiale pour les jeunes filles, c’est comme leur donner une autorisation de débauche », traduisant ainsi une confusion persistante entre droits, moralité et normes sociales.
Au-delà de cette réduction, le projet met en évidence une absence quasi systématique de reconnaissance du pouvoir décisionnel des femmes sur leur propre corps. Les décisions relatives à la santé reproductive restent largement influencées, voire déterminées, par les hommes, qu’ils soient conjoints, parents ou leaders communautaires. Cette réalité renforce les inégalités de genre et limite concrètement la capacité des femmes et des filles à accéder à des services de santé adaptés, sûrs et respectueux de leurs droits.
La question du mariage des enfants, étroitement liée à ces dynamiques, illustre de manière frappante ces rapports de pouvoir. Pour une partie des participants, cette pratique demeure socialement justifiée, perçue comme un moyen de protection ou de préservation de l’honneur familial. Cette perception contribue à perpétuer des cycles d’inégalités qui compromettent la santé, l’éducation et l’avenir des filles. Toutefois, des voix alternatives émergent, appelant à un changement de paradigme et à une meilleure prise en compte des droits des filles, notamment à travers l’éducation et le report de l’âge au mariage.
Malgré ces défis, le projet Hilin Maza met également en lumière des opportunités de transformation. Certains participants reconnaissent progressivement que la santé reproductive ne concerne pas uniquement les femmes, mais qu’elle est essentielle au bien-être global des familles et des communautés. Cette prise de conscience ouvre la voie à un engagement plus constructif des hommes, non plus comme détenteurs du pouvoir décisionnel, mais comme alliés du changement.
Ces enseignements appellent à une transformation profonde des approches en matière de politiques publiques et de programmes. Il devient essentiel de recentrer les interventions sur les droits des femmes, en reconnaissant pleinement leur autonomie corporelle et leur capacité de décision. Cela implique également d’investir dans des stratégies de transformation des normes sociales, en promouvant des modèles de masculinité plus égalitaires et respectueux des droits humains.
Par ailleurs, l’implication des hommes doit être pensée de manière stratégique : non pas pour renforcer leur rôle dans la prise de décision, mais pour déconstruire les rapports de pouvoir existants et soutenir l’autonomisation des femmes. En parallèle, le renforcement de l’éducation complète à la santé des adolescents et jeunes ainsi que l’accélération des efforts pour mettre fin au mariage des enfants apparaissent comme des leviers indispensables pour garantir des changements durables.
Au-delà des constats, le projet Hilin Maza rappelle une vérité fondamentale : la santé reproductive des femmes ne peut plus être définie par les perceptions masculines ou encadrée par des normes sociales restrictives. Elle doit être reconnue comme un droit fondamental, intrinsèquement lié à la dignité, à l’autonomie et à la liberté de choix des femmes et des filles.
Transformer les perceptions, c’est transformer les rapports de pouvoir. Et c’est à cette condition que les droits en santé sexuelle et reproductive pourront devenir une réalité pour toutes les femmes et les filles au Niger.